Suivi des Bisons des plaines en Saskatchewan

Une population de Bisons des plaines du Canada est suivie pour tenter de comprendre ses mouvements et ainsi d'amméliorer sa conservation. Voir descriptif détaillé

Suivi des Bisons des plaines en Saskatchewan

Une population de Bisons des plaines du Canada est suivie pour tenter de comprendre ses mouvements et ainsi d'amméliorer sa conservation. Voir descriptif détaillé

Animal emblématique

Le Bison des plaines (Bison bison bison), un des plus grands mammifères terrestres d’Amérique du Nord, mesurant jusqu’à 2m de hauteur au garrot pour 3,6m de longeur et pèsant entre 500 kg et 1000 kg, les mâles étant plus massifs que les femelles [1].
Avec de longs poils bruns foncés en hiver, et un pelage plus léger et clair en été, c’est un animal imposant, doté de deux cornes, de pattes touffues, d’une crinière épaisse et d’une barbe pendante, pour les 2 sexes !

La période d’accouplement débute en août, avec d’impressionnantes démonstrations de force des mâles [2], et après 9 mois de gestation, une femelle donnera naissance à un veau orangé au printemps, qui pourra vivre une vingtaine d’années.
Grégaires, il sont regroupés en larges troupeaux l’été, mais les mâles sont souvent solitaires durant l’hiver, où l’on retrouve de petits groupes menés par les femelles dominantes
 [3] [4].
En raison de l’impossibilité de le différencier génétiquement du bison des plaines domestiques (nombreux élevages au Canada, pour l’industrie alimentaire), l’espèce sauvage n’est pas protégée, mais apparait tout de même comme espèce menacée.

Terre sauvage ?

Dans le Parc National de Prince Albert (PNPA), en Saskatchewan (Canada), grand de presque 40000km2, vit la seule population de Bison des plaines en liberté dans son aire de répartition historique. Réintroduits en 1969 au nord du parc, cette population s’est établie à partir d’une vingtaine d’individus. Cette espèce vit, comme son nom l’indique, dans les plaines, dans des écosystèmes mixtes de fôrets et de prairies, où ils se nourrissent. Herbivores, ils s’alimentent des plantes herbacées (principalement les Carex) [5], et leur répartition spatiale est liée à leur source de nourriture [6]. On observe donc une saisonnalité entre leur aire de répartition hivernale et estivale [7].

Les espaces disponibles pour la faune sauvage ne cessent de se réduire, ce qui contribue à une modification des comportements de ces populations [8] . Ainsi en été, dans le PNPA, les troupeaux s’aventurent en dehors du parc [9], sur les terres agricoles exploitées limitrophes [10], ce qui conduit notamment à de nombreux conflits avec les hommes, l’introduction d’espèces végétales dans le parc [11], ou encore un risque de transmission de maladies avec les animaux d’élevage [12].
Cette population, estimée à 400 individus il y a une dizaine d’années est aujourd’hui réduite à environ 200 individus, dont une partie importante est prélevée par la chasse.

La science pour sauver les bisons !

Afin de comprendre les mécanismes qui poussent les bisons à sortir du parc [13] et permettre de réduire les conflits et limiter la dispertion d’espèces invasives, plusieurs équipes de recherche étudient cette population. Depuis 2005, 40 bisons femelles ont été équipées de colliers Argos/GPS qui permettent de les localiser environ toutes les 3h, 2j par semaine [14]. Ces localisations visualisables sur une carte permettent de se rendre directement à un endroit donné pour effectuer des relevés.

A l’aide d’un récepteur, il est également possible de partir à la recherche des bisons en suivant leur signal, pour effectuer des études de comportement, des relevés journaliers, un suivi des groupes et de leurs déplacements.
Des échantillons de végétation, une cartographie des sentiers de bisons, des échantillons de fécès, des pièges photographiques sont aussi une partie des données collectées sur le terrain.
Grâce à ces informations, des actions pourront être mises en place pour éviter que les bisons ne s’aventurent hors du parc [15], et réduire les impacts dus à ces déplacements. Ces actions sont indispensables pour la conservation du bison des plaines dans le PNPA, et ainsi la contribution au maintien de la biodiversité et du fonctionnement des ecosystèmes.

Notes:

[1Meagher, M. M. 1973. The bison of Yellowstone National Park.-National Park Service Science Monograph Series 1

[2McHugh, T. O. M. (1958). « Social behavior of the American buffalo (Bison bison bison). » Zoologica [New York] 43((1)) : 1-40.

[3Mooring, M. S., D. D. Reisig, E. R. Osborne, A. L. Kanallakan, B. M. Hall, E. W. Schaad, D. S. Wiseman and R. R. Huber (2005). « Sexual segregation in bison : a test of multiple hypotheses. » Behaviour 142 : 897-927.

[4Fortin, D. and M. E. Fortin (2009). « Group-size-dependent association between food profitability, predation risk and distribution of free-ranging bison. » Animal Behaviour 78(4) : 887-892.

[5Fortin, D., J. M. Fryxell and R. Pilote (2002). « The temporal scale of foraging decisions in bison. » Ecology 83(4) : 970-982.

[6Babin, J. S., D. Fortin, J. F. Wilmshurst and M. E. Fortin (2011). « Energy gains predict the distribution of plains bison across populations and ecosystems. » Ecology 92(1) : 240-252.

[7Shaw, J. H. and T. S. Carter (1990). « Bison movements in relation to fire and seasonality. » Wildlife Society Bulletin 18(4) : 426-430

[8Fortin, D. and M. Andruskiw (2003). « Behavioral response of free-ranging bison to human disturbance. » Wildlife Society Bulletin 31(3) : 804-813.

[9Fortin, D., M. E. Fortin, H. L. Beyer, T. Duchesne, S. Courant and K. Dancose (2009). « Group-size-mediated habitat selection and group fusion-fission dynamics of bison under predation risk. » Ecology 90(9) : 2480-2490.

[10Meagher, M. (1989). « Range expansion by bison of Yellowstone-National-Park » Journal of Mammalogy 70(3) : 670-675

[11Rosas, C. A., D. M. Engle, J. H. Shaw and M. W. Palmer (2008). « Seed dispersal by Bison bison in a tallgrass prairie. » Journal of Vegetation Science 19(6) : 769-778.

[12Kilpatrick, A. M., C. M. Gillin and P. Daszak (2009). « Wildlife-livestock conflict : the risk of pathogen transmission from bison to cattle outside Yellowstone National Park. » Journal of Applied Ecology 46(2) : 476-485.

[13Courant, S. and D. Fortin (2010). « Foraging decisions of bison for rapid energy gains canexplain the relative risk to neighboring plants in complex swards. » Ecology 91(6):1841-1849.

[14Dancose, K., D. Fortin and X. Guo (2011). « Mechanisms of functional connectivity : the case of free-ranging bison in a forest landscape. » Ecological Applications 21(5) : 1871-1885.

[15Meagher, M. (1989). « Evaluation of Boundary Control for Bison of Yellowstone National Park. » Wildlife Society Bulletin 17(1) : 15-19.

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Voir également