Mener un projet de réintroduction d'une espèce animale endémique : (...)

Voir descriptif détaillé

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Introduction : La Réintroduction, une stratégie de conservation

Aujourd’hui, le rythme de disparition des espèces animales ou végétales augmente rapidement,cela étant très probablement du à cause de l’impact de l’activité humaine, et pourrait encore s’accélérer dans les décennies à venir. C’est pourquoi les initiatives se multiplient afin de préserver la biodiversité des menaces qui pèsent sur elle.
La réintroduction d’espèces sauvages dans leur milieu naturel consiste à introduire des individus d’une espèce en danger de disparition dans son milieu d’origine. C’est une des stratégies mise en œuvre en biologie de la conservation pour tenter des restaurer des populations d’espèces menacées de disparition et ainsi sauver ces espèces.
Une réintroduction est de plus en plus associée à des études scientifiques de faisabilité. En effet pour mettre en place une réintroduction il est important d’évaluer plusieurs points pour maximiser la réussite du projet :
- la zone choisie qui est le milieu naturel de l’espèce, doit présenter ou avoir présenté des individus de l’espèce, afin de pouvoir accueillir les individus et suffire notamment à leurs besoins en nourriture. Elle ne doit donc pas être trop dégradée.
- les causes qui ont conduit au déclin de l’espèce doivent être inventoriées et évaluées pour éventuellement y remédier, pour préserver les individus relâchés et ainsi éviter une réintroduction inutile.
- Les animaux proposés pour la réintroduction doivent subir plusieurs tests vétérinaires afin de ne pas contaminer la population déjà présente dans le milieu, et ne doivent pas être trop éloigné génétiquement de la population naturelle.
- Les habitant des régions concernées doivent accepter sa présence.

Une réintroduction ne peut donc être faite sans études au préalable afin d’évaluer son efficacité, et de nombreuses demandes administratives doivent être réalisées. A la suite d’une réintroduction, il est essentiel également de suivre les individus choisis dès le premier jour du lâcher et ce sur plusieurs années pour s’assurer de la réussite de la réintroduction, et ainsi faire évoluer les réintroductions futures pour augmenter leur taux de réussite.
Toute réintroduction n’est pas pas simple à accomplir car elle demande beaucoup de moyens. C’est une entreprise de longue haleine, qui repose sur un changement de mentalité chez les populations locales et une évolution dans la place accordée à la nature.
Voici un projet de réintroduction de la tortue radiée (Astochelys radiata), une espèce endémique de Madagascar qui est menacée de disparition.

Stratégie de mise en oeuvre

Les plans de réintroduction on souvent été proposé par de grandes ONG et le sont de plus en plus par les Etats. Ils sont généralement mis en place sur le terrain par des ONG, des entités gestionnaires de milieux, des conservatoires ou agences environnementales, sous le contrôle de l’état ou avec l’accord des états qui travaillent avec une cellule spécialisée de l’UICN, le RSG : Reintroduction Specialist Group. Ce groupe de spécialistes est le spécialiste de la réintroduction des espèces. Sa création a été rendue nécessaire en raison de l’augmentation du nombre de projets de réintroduction.

Pour protéger la tortue radiée à Madagascar, un programme d’étude et de sauvegarde nommé « sokake » (tortue radiées en malgache) a été mis en place dès 1995 par 2 associations : une association française « SOPTOM » (Station d’Observation et de Protection des Tortues et de leurs Milieux) et une association malgache « ASE » (Association pour la Sauvegarde et l’Environnement). Ce programme a notamment permis de créer un centre à Madagascar, le « Village des Tortues », pour accueillir et soigner les tortues saisies par les douaniers. Ce centre a également pour but d’informer et de sensibiliser le public. Ce site permet également de mieux connaître cette espèce car il peut accueillir des chercheurs. Mais l’une des plus importantes actions du programme sokake sera de relâcher les tortues saisies dans leur milieu naturel. Pour pouvoir se faire, le site choisi devra posséder toutes les caractéristiques requises pour réaliser un relâchement : il doit se trouver dans une zone de répartition actuelle de l’espèce, correspondre à l’habitat naturel de l’espèce et être peu ou pas dégradé, et ne contenir qu’une petite population de faible densité de cette espèce ou encore aucun individu.

Dans le cas de la tortue radiée, des études sur le terrain ont déjà été menée afin de mieux connaître cette espèce. Ces études ont notamment permis de voir que sont aire de répartition a nettement diminué.
Le site choisi pour accueillir un lâcher de tortues radiées se situe dans le Parc National de Tsiminampetsotsa dans le sud ouest de Madagascar. Des études de terrain doivent être réalisée dans le parc afin de déterminer quelle zone pourrait accueillir les tortues (végétation, espèces animales présentes, dégradation par l’homme, présence de compétition pour la nourriture... ). Une première étude a déjà permis d’observer quelques individus de tortues radiées. Plusieurs mesures ont été prises (sexe, taille, poids), et ces individus ont été marqué dans le but de les reconnaître mais aussi d’éviter le braconnage.

Règlementations

Dans un grand nombre de pays, la législation distingue clairement les espèces protégées des autres. Ce sont généralement des espèces menacées de disparition dont le braconnage, le transport, les manipulations sont interdits par divers organismes, sur tout ou une partie de l’aire de répartition de l’espèce.
Une espèce est dite menacée si elle répond à plusieurs critères : disparition de son habitat, déclin important de la population, érosion génétique, chasse ou pêche intensive ... Ces critères sont dans la plupart des cas validés par l’UICN, l’Union Internationale de la Conservation de la Nature, et permettent d’affiner le risque d’extinction de l’espèce (actuel, à court et moyen terme) et de lui attribuer un statut de conservation et parfois de protection. Il existe plusieurs classements d’espèces menacées, de listes au niveau international, national et régional. Les plus connues sont la liste rouge de l’UICN qui classe les espèces menacées en trois catégories selon l’importance du risque de leur extinction : Vulnérable, En danger, En danger critique d’extinction ; et la Convention de Washington (Convention sur le Commerce International des Espèces de faunes et flores sauvages menacées d’extinction : CITES) qui établit une liste des espèces protégées selon trois catégories organisées en annexes.
La tortue radiée est classée en annexe 1 de la CITES depuis 1975 dans le but d’interdire toute vente d’individu et est classée dans la catégorie des espèces En danger critique d’extinction dans la liste rouge de l’UICN depuis 2008.

Dans la plupart des cas, une réintroduction demande une autorisation administrative, délivrée par l’autorité chargée de l’environnement. Le responsable du projet de réintroduction doit fournir un dossier scientifiquement argumentée pour démontrer l’intérêt patrimonial de la réintroduction ainsi que la présence antérieure de l’espèce sur le site.
Plusieurs demandes d’autorisation d’études ont été faites aux différentes autorités malgaches responsables du parc national de Tsimanampetsotsa : Environnement eaux et forêts de Madagascar et Madagascar National Park. Mais les démarches sont très longues, il faut très souvent aller à leur rencontre pour leur expliquer le programme.

Les individus choisis pour la réintroduction doivent subir plusieurs examens vétérinaires pour vérifier leur état de santé et éviter toute contamination à la population déjà présente sur le milieu, mais surtout maximiser les chances de réussite du projet.
Afin que la réintroduction soit prise en compte par la population locale, il est indispensable de les renseigner sur le projet, de les sensibiliser, voire même de les impliquer. Pour cela, il est alors possible de suivre les traditions locales et organiser une cérémonie pour la réintroduction. Cette cérémonie organisée pour les villageois, très courante dans le pays (sacrifice d’un animal (zébu ou chèvre)), permettrait d’une certaine de les faire participer au projet.
Puis, dès le début du lâcher, ces animaux doivent être suivis pendant plusieurs années afin de pouvoir déterminer si la réintroduction est un succès (survie des individus, déplacement des individus, rencontre des congénères, reproduction...). Pour cela plusieurs techniques de suivis sont utilisées, dont le radio-suivi. Le suivi permet aussi de mieux connaître la biologie de l’espèce, car les espèces rares sont souvent mal connues.

Types de réintroduction

Il existe plusieurs types de réintroduction selon l’origine des individus réintroduits.
Les individus, du fait de la rareté de l’espèce, sont généralement des individus nés et élevés en captivité dans un lieu de conservation artificiel, qui n’ont donc jamais vécu dans leur habitat naturel. Ce type de réintroduction est appelé Réintroduction à partir d’un lieu de conservation ex situ. Mais dans certains cas de réintroduction, ce sont des individus prélevés (ou déplacés) du milieu naturel, par transfert géographique de l’espèce : c’est alors une Réintroduction partir d’un lieu de conservation in situ.

Pour le moment aucun lâcher de tortue radiée n’a été réalisé, car les études sur le terrain doivent se poursuivre, afin de mieux connaître la zone et la population présente.
Ce qui est envisagé pour le moment serait une réintroduction d’animaux élevés en captivités en plusieurs lâchers. Un premier lâcher serait réalisé avec un petit nombre de tortues des 2 sexes et de tous âges, marqués, portant une balise afin de les suivre, et lâchés à plusieurs endroits dans la zone. Ils seraient alors suivis pendant plusieurs mois afin de déterminer si la réintroduction est une réussite ou non. En plus de voir le taux de survie, le suivi permettrait de voir si les animaux se sont adaptés à leur environnement, à la vie dans la nature. Si ce premier lâcher est un succès, d’autres suivront dans les années à venir.

Difficultés rencontrées

Plusieurs problèmes peuvent nuire à la réussite d’une réintroduction. Pour la plupart des projets de réintroduction ce sont les mêmes difficultés qui sont à surmonter.

Dans le projet de réintroduction de la tortue radiée, plusieurs difficultés ont retardé sa mise en place.
- L’une des plus importantes est la prise de conscience des populations locales de l’importance de la présence de cette espèce. Les groupes malgaches qui vivent sur l’aire de répartition actuelle de l’espèce respectent la tortues radiée par des tabous dans leurs cultures qui leur interdisent de la manger, la tuer, et même chez certains groupes de la toucher. Mais deux groupes malgaches, issus d’autres régions de l’île, braconnent cette espèce pour sa chair, mais aussi et de plus en plus pour les vendre vivantes à des collectionneurs, car c’est une des plus belles espèces de tortues du monde.
- Dans le cadre du programme « sokake » les différents projets mis en place tentent de sensibiliser les populations au respect de cette espèce. Le braconnage, bien qu’interdit, serait toujours d’actualité. Pour tenter d’y remédier dans les parcs nationaux, des gardiens ont été embauchés afin de mieux faire respecter les lois. Dans le parc choisi pour la réintroduction, le braconnage existerait toujours, ainsi que des passages de troupeaux de zébus (qui piétinent la végétation et qui seraient en compétition pour la nourriture).
- Elle subit une perte importante de son habitat et une fragmentation de celui-ci qui sont du à l’utilisation de la forêt pour les productions agricoles, la production de charbon de bois, et le pâturage pour les animaux d’élevage. Et comme la population malgache est en pleine expansion, l’agrandissement des zones urbaines et la création de nouvelles infrastructures telles que la construction de routes sont inévitables mais ont un impact négatif sur la tortue radiée, les routes facilitent en effet le braconnage. Dans la zone choisie pour réaliser le lâcher de tortues, une piste a récemment été construite pour faciliter la visite du parc pour les touristes. Bien que cette piste soit peu empruntée, elle pourrait malgré tout faciliter l’accès aux braconnier et ainsi accéder à d’autres populations de tortues.
- Les animaux braconnés et confisqués par les douaniers, recueillis au centre de soins, bien qu’ils ne présentent pas de problème de santé, pourraient avoir souffert de mauvaises conditions de transport imposées par les braconniers (dans des charrettes et des pirogues). Beaucoup d’individus morts au centre présentent des lésions internes qui seraient dues à des chocs reçus pendant les transports (développement de tumeurs...), mais ce n’est qu’une observation pour le moment qui ne peuvent pas être affirmées pour le moment faute de matériel au Village des Tortues pour réaliser des autopsies dans de bonnes conditions.
- Les animaux qui seront réintroduits sont des individus qui vivent en captivité depuis plusieurs années, ou nés en captivité. Avant des les réintroduire, il semble essentiel de les préparer à leur habitat naturel dont les conditions de vie sont différentes de celles qu’elles rencontrent en captivité. En effet quelques traits comportementaux que présentent ces individus peuvent être altérés par l’activité ou l’empreinte humaine, comme la perte du comportement de recherche de nourriture du à la distribution en captivité de la nourriture dans des endroits précis et à heure précise. Ces comportements peuvent disparaître assez rapidement avec la première génération née dans la nature, surtout pour les espèces qui présentent un faible apprentissage social et une faible transmission culturelle, ce qui est le cas des tortues.
- Toute réintroduction dans la nature pose le problème de la contamination génétique de la population existante sur la zone du lâcher, car les individus introduits, qui ne sont pas originaires de la région, peuvent présenter d’autres adaptations génétiques. De plus, une réintroduction d’individus issus d’une population captive peut augmenter ce problème, car garder trop longtemps en captivité (sur plusieurs générations) une population destinée à être relâchée induit un risque de perte de variabilité génétique et en conséquence une perte d’adaptation génétique. Des études génétiques doivent donc être réalisé lors de chaque réintroduction pour minimiser tout risque de pollution génétique. Certains chercheurs proposent même de réaliser une réintroduction dans un habitat favorable isolé ou non connecté ) d’autres habitats contenant des populations de cette même espèce. Dans les programmes de reproduction en captivité et de réintroduction, des efforts ont été investi pour maintenir de forts niveaux de variation génétique.

La réintroduction utile pour la recherche

Bien que la réintroduction soit de plus en plus utilisée dans la biologie de la conservation, tous les chercheurs ne sont pas favorable à cette stratégie, car trop de risque génétique pourrait compromettre les populations naturelles.
Mais la réintroduction peut tout de même être utile en biologie, car si un monitoring est effectué dès le début du lâcher sur les individus et sur le long terme, elle apporterait des données pour la recherche, dont des études de suivis sont difficiles à réaliser sur des populations dans leur milieu naturel. Par le suivi des animaux elle permet d’en apprendre davantage sur leur biologie, leur comportement dans le milieu naturel, et permet ainsi d’améliorer les techniquess de réintroduction, pour la même espèce ou d’autres, car cette technique de conservation est de plus en plus utilisée, étant donné que de plus en plus d’espèces sont menacées de disparition à l’heure actuelle.
Les programmes de réintroduction pourraient alors systématiquement inclure des chercheurs de plusieurs disciplines : des écologues, des généticiens, des éthologues, ...

Mais généralement les scientifiques sont sceptiques quand à l’efficacité de la réintroduction. La décision initiale concernant la réintroduction est un choix expérimental et non scientifique. En effet, bien que les conditions de l’UICN sont respectées, la décision finale reste un choix politique. A cause du rôle de la biodiversité en général et d’une espèce en particulier, il est souvent difficile d’établir d’un point de vue strictement scientifique, phylosophique, esthétique, ou des raisons plus économiques mènent en général à de tels projets. Donc les écologistes ont généralement moins d’arguments en faveur de la réintroduction que contre. Nous voulons montrer que la planification et le monitoring de populations réintroduites peuvent être bénéfiques à la fois pour les conservationnistes et les écologistes en travaillant ensemble.

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