L'Aigle royal en Kirghizie

Données sur la répartition, la densité et la reproduction de l'Aigle royal dans la région d'Issik-kul Voir descriptif détaillé

L'Aigle royal en Kirghizie

Données sur la répartition, la densité et la reproduction de l'Aigle royal dans la région d'Issik-kul Voir descriptif détaillé

Suite à une étude sur les grands rapaces réalisée en 2009 et 2010 dans la réserve de Sarychat-ertash et dans les vallées au sud de l’Issik kul, je présente ici les résultats récoltés concernant l’Aigle royal.

Présentation du contexte et des objectifs

Passionné par les grands rapaces et les montagnes kirghizes que j’avais déjà visité en 2007, j’ai initié deux ans plus tard une étude sur l’Aigle royal Aquila Chrysaetos daphanea et le Gypaète barbu Gypaetus barbatus dans la région d’Issik-kul. Cette étude devait se dérouler dans le cadre de la préparation d’un diplôme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences de la Vie et de la Terre. Alexander Vereshagin, alors responsable scientifique de la réserve de Sarychat-ertash, était mon maître de stage.

Aigle royal

Cette étude initialement prévue sur une durée de 4 ans (2009-2013) devait permettre de récolter des données concernant la répartition, la densité, la reproduction et l’alimentation de ces deux espèces clés de l’écosystème des Tien Shan. La zone concernée comprenait d’une part la réserve de Sarychat-ertash et d’autre part les vallées situées au sud de l’Issik-kul (Jukuu, Jukutchak, Kichi kyzyl-suu, Chong-Kyzyl suu et Jeti-oguz).

En effet, si ces deux espèces sont assez bien connues en Europe, il n’existe quasiment aucune donnée sur la biologie ou l’état de conservation des populations d’asie centrale. D’autre part, ces rapaces, chasseur pour l’Aigle royal et nécrophage pour le gypaète barbu, étant en bout de chaîne alimentaire, elles représentent un bon indicateur de l’état des écosystèmes présents dans les Tien Shan. Les deux zones d’étude ont été choisies en raison de leurs caractéristiques reflétant assez bien la diversité des milieux naturels présents dans la région d’Issik-kul. Ceci permettrait de pouvoir ainsi extrapoler les données au reste de la région d’Issik-kul et éventuellement au reste du Kirghizistan.

C’est donc principalement dans le but d’apporter des données nouvelles sur ces populations asiatiques peu connues qu’a débuté cette étude.
Cependant, en raison d’un manque de financement, cette étude n’a pu être menée à terme. Les prospections de terrain réalisées en 2009 et 2010 ont tout de même permis de récolter de nombreuses données.
Je présente dans cet article celles concernant la répartition, la densité et la reproduction de l’Aigle royal. Les prospections concernant l’étude de l’alimentation n’ont pu être réalisées quant aux données concernant le Gypaète barbu, je les développerai dans un second article.

Déroulement des prospections

Hormis quelques différences, le comportement reproducteur de l’Aigle royal et du Gypaète barbu est sensiblement le même (nidification en milieux rupestre, vie en couple) et les méthodes employées pour localiser les sites de nidification et effectuer le suivi des jeunes varient peu entre les deux espèces. La plupart des prospections se sont déroulées à pied après un accès en voiture hormis dans le parc national de Karakol et dans la réserve de Sarychat-ertash où tout s’est déroulé à cheval.

Habitat de l’Aigle royal en Kirghizie
vallée de Jeti-Oguz

De mars à juin 2009 et en avril-mai 2010, les prospections avaient pour objet la découverte de sites de nidification, d’aires anciennes et occupées ainsi que la prise de contact et la récolte d’information auprès de personnes ressources (gardes, chasseurs, bergers...).
La technique la plus fréquemment utilisée est d’effectuer des points d’observation sur les zones identifiées comme potentiellement favorables à la nidification. Les observations des oiseaux sont notées, particulièrement celles concernant le comportement reproducteur ou territorial (parades, oiseau avec proies ou branches dans les serres, conflits territoriaux, couple volant ensemble, etc...). Ceci permet ensuite en croisant les informations, la localisation plus précise de l’aire occupée cette année.

De fin juin à début aout 2009, les prospections ont principalement eu pour but le suivi des couples déjà localisés, la détermination du nombre de jeunes prêts à l’envol et l’étude de la phénologie de la période pré-envol.

Pour ce qui est de l’étude de la reproduction, c’est le suivi de couples échantillons qui permet connaître le déroulement et le succès de reproduction de chaque couple. Sur une période plus longue, les données récoltées auraient permis de comparer certains paramètres (dates de ponte, dates d’éclosion, dates d’envol, productivité, taux de reproduction...) avec les populations européennes mieux étudiées. Les données récoltées en 2009 et 2010 donnent déjà un aperçu et une base pour continuer ce travail.

Pour détérminer l’âge des jeunes observés à l’aire je me suis basé sur l’étude de Mathieu R. (1985.) sur le développement des poussins à l’aire.

L’aigle royal au Kirghizistan - Etat des lieux-

L’Aigle royal Aquila Chrysaetos (Linnaeus, 1758), ssp. Daphanea (Severtzov, 1873) présent en Kirghizie appartient donc à la sous-espèce daphanea présente de la Turquie à la Chine en passant par l’Himalaya et les Tien Shan. Celle-ci est légèrement plus grande et plus foncée que la sous-espèce nominale présente en Europe. Il est inscrit dans le livre rouge des espèces menacés du Kirghizstan en catégorie VI (quasi menacée).

berkutchi et son aigle femelle

Les données disponibles sur cet oiseau sont faibles voire inexistantes dans le pays. Il pond un ou deux oeufs en mars-avril, les couve 45 jours puis les jeunes quittent le nid autour du 75 ème jour. Les fauconniers kirghizes (berkutchis) l’utilisent pour chasser le lièvre le renard et le loup durant l’hiver.

Localisation

En 2009, 16 sites de nidification ont été trouvés. Pour 13 d’entre eux, l’aire occupée cette année là a pu être identifiée, avec des jeunes à l’aire. D’autres sites de reproduction ont été trouvés avec plusieurs aires présentes sans qu’aucun couple d’Aigle ne s’y soit intéressé en 2009 (petit koiluu, sarytchki).
Enfin, 3 sites semblent fortement intéresser 3 couples d’aigles sans qu’aucune aire n’y ai été trouvée (Boroko, Jaman suu, Barskoon-bas).

Localisation des sites de nidification 2009/2010 Aigle royal.

En 2010 les prospections ont concerné uniquement les vallées au sud d’Issik kul. 2 nouveaux couples ont été localisés (jukuu, jukutchak) ainsi qu’un site de nidification sans avoir pu y trouver l’aire occupée cette année (kichi-kyzyl suu). Les autres sites déjà localisé l’année précédente étaient à nouveau occupés.

Exemple de site de nidification Vallées de l’Issik-kul
Aire 2009 occupée Chong kyzyl kashka ter

Exemple de site de nidification Sarychat-ertash
Aire occupée Borduu 2009 Réserve de Sarychat-ertash

Densité

Les vallées de Sarychat-ertash et de sud de l’Issik kul ayant été activement prospectées, il est possible d’établir une densité minimale sur chacune de ces zones.

Densités Aigle royal calculées d’après les prospections 2009

Vallées de l’Issik-kul

Ainsi dans les vallées comprises entre barskoon et jeti oguz 9 couples nicheurs ont été trouvés au total ainsi que 1 couple cantonné dont l’aire n’ a pas été trouvé. Ce qui porte à 10 le nombre minimum de couples présent sur cette zone de 628,76 km2. 2 autres sites abritent probablement chacun un couple mais le manque d’observations nous empêche de les compter de façon certaine dans le calcul de densité.

Ce qui nous donne une densité minimale de 1 couple pour 62,876km2.

Soit 1,59 couple pour 100km2 minimum.

Sarychat ertash

Dans la reserve de Sarychat-ertash, prospectée seulement en juin et juillet 2009, 5 couples nicheurs ont été trouvés, plus deux couples cantonnés dont l’aire n’a pu être trouvée. Il est possible qu’un couple supplémentaire soit présent au niveau d’eshegart.

Ceci porte à 8 couple pour 639,292 km2 minimum.

Soit 1,251 couples pour 100 km2 minimum.

Reproduction

Phénologie de la reproduction

Etant donné la réalisation tardive des prospections puis du suivi, seule la période pré-envol a pu être suivie de façon à observer des différences dans le développement des juvéniles entre les couples. Cependant, ce suivi n’a pu apporter que des données partielles qui nécessitent d’être complétées. Des différences dans la précocité de la croissance des juvéniles ont été constatées selon les couples mais celles-ci ne peuvent être corrélées à une quelconque différence géographique (altitude, climat...).

Un des deux jeunes de Koiluu agé d’environ 45 jours, 2009

Aiglons prêts à l’envol d’au moins 70 jours sur le site de koyenduu 2009

Succès de reproduction

Le contrôle des couples en juillet de Sarychat-ertash et de certains couples de l’Issik kul a permis pour chacun de déterminer le nombre de jeunes à l’envol.
Pour le couple de Salomo, des plumes d’aigle fraîches ont été trouvées à proximité de l’aire utilisée sur ce site et le couple y est régulièrement présent en vol. Cependant aucun jeune n’est présent dans l’aire controlée un mois plus tôt. Pour ces raisons, un échec de reproduction semble probable.

Suivi de la reproduction des sites échantillons 2009

Discussion

Les densités obtenues constituent un minimum et il est possible que celle-ci soit légèrement supérieures avec la présence d’un ou deux couples supplémentaires dans les zones d’étude.
Les milieux naturels des vallées de Barskoon à Jeti oguz se retrouvent également plus à l’est (karakol, altyn arashan...) et il est probable que les densités y soient identiques.
Pour ce qui est de la réserve de Sarychat ertash, l’importance des glaciers et zones d’altitude impropres à la nidification pourrait expliquer les densités légèrement moindres.
Les quelques couples controlés semblent avoir un taux de reproduction supérieur à celui des populations européennes au vu des nombreux couples comportant deux jeunes à l’envol.
Cependant, l’étude initiale étant inachevée il est difficile d’en tirer des conclusion mais plutôt des pistes d’étude à développer :

- Préciser les densités en continuant les prospections de recherche de site de nidification au printemps.

- Compléter l’étude de la reproduction de façon à pouvoir comparer les paramètres de chaque couples entre eux et avec les populations européennes.

- Étudier l’alimentation (descente dans les aires à l’automne) de façon à mieux connaître le lien de ce prédateurs avec le reste de l’écosystème.

Aigle royal et Ibex

Bibliographie

Mathieu R.(1985). - Développement du poussin d’aigle royal et détermination de l’âge dans la nature par l’observation éloignée. Bièvre 7:71-86

State agency on environnement protection and forestry under the governement of Kyrgyz Republic. Institute for Biology and Pedology of National Academy of Sciences of Kyrgyz Republic. Ecological Movement « Aleine » of Kyrgyzstan. Red Data Book of Kyrgyz Republic - 2 ed. - Bishkek : (2006.) -544p.- Text in kyrg ; russ ; engl. lang.

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