Comment construire un éthogramme

Ce support pédagogique propose une définition générale de l'éthologie et décrit les méthodes d'observation conduisant à l'élaboration d'un (...) Voir descriptif détaillé

Comment construire un éthogramme

Ce support pédagogique propose une définition générale de l'éthologie et décrit les méthodes d'observation conduisant à l'élaboration d'un (...) Voir descriptif détaillé

Introduction

Toute recherche scientifique commence par la description et la classification des phénomènes à laquelle elle s’intéresse. L’éthologie est la science qui étudie le comportement des êtres vivants, animaux ou humains. Elle s’intéresse à l’ensemble des facteurs qui vont conduire un individu à exprimer un comportement en particulier.
L’éthologie s’intéresse aussi à la manière dont les comportements se sont construis au cours de la phylogénèse (évolution des espèces) et de l’ontogénèse (développement de l’individu), de manière innée ou acquise.
Les méthodes utilisées en éthologie sont basées sur l’observation et la description la plus fidèle possible des évènements. Tout objet d’étude doit être appréhendé comme quelque chose d’inconnu dont on veut comprendre le fonctionnement. Il faut être le plus objectif possible. Et pour cela il est nécessaire de :

- Rester au niveau descriptif (sans interprétation directe) : utiliser des enchaînements de termes décrivant des actes moteurs, par exemple : « A lève le bras en direction de B » et ne pas l’interpréter directement par « A salue B ».

- Déterminer l’unité comportementale à observer : qu’observe-t-on ? (le mouvement du corps, de la tête, les mimiques ?) Que quantifie-t-on ? (la fréquence d’apparition ou le nombre d’occurrences) ?

- Commencer par élaborer un éthogramme. L’éthogramme constitue le catalogue de comportements d’une espèce dans un contexte donné. On peut aussi construire un éthogramme sur la base de catégories comportementales : comportement sociaux, territoriaux, reproducteurs, parentaux, communicatifs, alimentaires, locomoteurs…
Un éthogramme ne peut pas être exhaustif, cependant il peut évoluer au cours du temps et s’adapter en fonction des contextes et des individus (ex : différence entre captivité et milieu naturel, ou encore comportements idiosyncrasiques, c’est-à-dire spécifiques à un individu en particulier).
La construction d’un éthogramme nécessite une première phase d’observation, dite naïve, au cours de laquelle on recueille tous les comportements observables possibles.

Qu’est qu’un éthogramme ?

L’éthogramme représente la base de la recherche en éthologie. Il est important de pouvoir dresser un inventaire des comportements d’une espèce avant de pouvoir analyser les comportements individuels. La description des comportements doit rendre compte de chaque détail de l’action. Cette description se base sur l’observation.
Il existe deux types d’observation possible en éthologie : l’observation naturaliste (en milieu naturel) et la manipulation expérimentale (en milieu captif).

- L’observation naturaliste est réalisée dans l’environnement naturel de l’espèce ou dans une reconstitution de ce milieu (qui recréera l’environnement physique et social de l’animal dans son milieu naturel). Certaines variables peuvent malgré tout être manipulées au sein même du milieu naturel dans le but de provoquer l’expression de certains comportements.

- Les manipulations expérimentales sont réalisées en général en laboratoire car elles permettent de manipuler et de contrôler les variables. L’inconvénient est que l’on risque d’omettre des variables qui peuvent entrer en jeu dans l’expression d’un comportement. Il est important de considérer qu’un individu isolé de son groupe social n’exprimera pas les mêmes comportements qu’au sein du groupe ; de plus l’isolement peut également induire l’expression de comportements non naturels ou stéréotypés.

Description des comportements

Un comportement observé peut ensuite être décrit soit de manière formelle soit de manière fonctionnelle.

- La description formelle : description du comportement en termes de posture ou de mouvement. Il s’agit d’une description qui ne fait appel à aucune interprétation sur la signification du comportement. C’est grâce à elle que sera établi l’éthogramme d’une espèce. C’est la description la plus objective.

- La description fonctionnelle : description qui fait référence à la fonction du comportement. Cela revient à décrire un comportement par ses conséquences. En effet, en tenant compte de ce qui se produira après l’expression d’un comportement, et si cela se produit à chaque fois, on pourra en déduire la raison pour laquelle ce comportement est réalisé et ainsi définir sa fonction. Attention : un comportement peut avoir plusieurs fonctions selon le contexte.

Quantification des comportements

Une fois le comportement décrit, il peut également être quantifié. En effet, étudier le comportement c’est étudier ce que fait l’animal, où, quand, comment et pourquoi.

- Le «  » correspond à la composante spatiale du comportement (lieu géographique, position des individus les uns par rapport aux autres)

- Le « quand » correspond à la composante temporelle du comportement (saison, heure, âge, …)

- Le « comment » correspond à la composante motrice du comportement et analyse également les stimuli qui provoquent le comportement

- Le « pourquoi » correspond aux causes pour lesquels le comportement est exprimé et analyse la fonction de ce comportement

Conditions d’observation

Afin de pouvoir construire un éthogramme certaines conditions d’observation sont requises.
Avant de choisir la méthode d’observation à utiliser, il faut d’abord décider du moment de la journée où l’on va réaliser les observations : l’heure et la durée. Cela dépendent du type de recherche effectuée. En général, ces paramètres doivent être constants car le comportement de l’animal, comme son métabolisme, obéissent à des cycles et, d’une heure à l’autre on n’est jamais certain de se situer dans les mêmes conditions expérimentales.

L’observateur peut désirer ne pas être vu par les sujets observés pendant l’expérimentation. A cette fin, il peut se placer derrière un miroir sans tain, qui permet de voir les animaux alors qu’eux-mêmes n’aperçoivent que leur propre reflet. On peut également utiliser des caméras vidéo, qui ont l’avantage supplémentaire de permettre un enregistrement du comportement. Cependant, il est important de prendre en considération que la vidéo n’est pas idéale : le dépouillement d’une vidéo est extrêmement coûteux en temps et la retranscription des données est très laborieuse. L’enregistrement vidéo doit donc être choisi seulement s’il est impossible de noter l’ensemble des comportements des animaux en temps réel, où si l’on souhaite conserver kes observations sous forme d’archive.

Cependant, la méthode la plus simple, et parfois la plus efficace d’observer les animaux est de se placer devant eux. Pour cela il est nécessaire de respecter une phase préalable d’habituation de manière à ce que les sujets soient familiarisés à l’observateur et désensibilisés à sa présence et à son comportement. En ce qui concerne certaines espèces, des primates en particulier, l’observateur doit également apprendre à observer les animaux sans les fixer du regard car certains peuvent considérer cela comme une menace. De manière générale, l’observateur doit chercher à faire oublier sa présence, ne pas faire de bruit et éviter les mouvements brusques. Il doit se « fondre dans le paysage » et ne pas essayer d’interagir ou de s’intégrer au groupe formé par les animaux étudiés.

Quelles sont les méthodes de mesure des comportements ?

Une fois l’éthogramme établi grâce à une première phase d’observation, dite naïve (au cours de laquelle on recueille tous les comportements observables possibles), on sélectionne les comportements à reconnaître, puis on détermine le protocole horaire et les conditions matérielles d’observation. Il faut ensuite choisir la méthode d’observation appropriée à son étude. Ce choix dépend de la recherche appliquée, des questions qu’elle pose et des comportements qui sont étudiés, mais aussi d’autres facteurs tels que la visibilité des animaux ou le matériel dont dispose le chercheur.

- Echantillonnage ad libitum (« à volonté »)
L’observateur note tout ce qu’il voit, quand il le veut ou quand il le peut. C’est en général une méthode réservée aux études de terrain où les conditions de visibilité des animaux sont mauvaises et les individus mal connus par l’observateur, qui n’a donc d’autre choix que de noter ce qu’il peut.
- Echantillonnage par animal
Lorsque plusieurs individus sont observés, il est impossible de les suivre tous simultanément. L’attention doit alors être portée sélectivement et successivement sur chacun d’eux. Un sujet est sélectionné et tous ses comportements (dont ses interactions avec d’autres individus) sont enregistrés pendant une durée de temps déterminée à l’avance. Ensuite, on passe à un autre individu. Cependant il est important de ne pas laisser l’ordre de sélection des individus au libre choix de l’observateur qui pourrait biaiser les données en observant toujours les individus dans le même ordre. Pour éviter tout biais expérimental, l’ordre doit être déterminé à l’avance, de préférence au hasard.
C’est la méthode la plus coûteuse en temps mais c’est aussi la plus rigoureuse.
- Echantillonnage par comportement
On ne sélectionne pas ici un sujet mais un comportement. On l’enregistre chaque fois qu’il apparaît. Si besoin est, et si cela est possible, on note l’identité de l’individu qui l’a exprimé et/ou les comportements qui l’ont immédiatement précédé ou suivi. Cette méthode est particulièrement indiquée si le comportement étudié n’est pas fréquemment observé.
- Echantillonnage instantané
L’observateur note ici le comportement à intervalles réguliers. Cette méthode permet d’obtenir une estimation de la durée des activités. Elle peut être utilisée pour un seul individu ou pour plusieurs. Dans ce dernier cas, le regard de l’observateur balaie le groupe observé et il enregistre leurs comportements à des intervalles de temps déterminés à l’avance. C’est la méthode adaptée lorsqu’il s’agit de mesurer la distribution spatiale d’un groupe d’individus, les uns par rapport aux autres.
- Echantillonnage un-zéro
L’observateur note si un comportement est exprimé (=un) ou pas (=zéro) durant un intervalle de temps donné. Les intervalles de temps doivent être courts et espacés. Que le comportement survienne une ou plusieurs fois durant l’intervalle n’a aucune importance, il est toujours noté « un ». L’avantage de cette méthode est sa simplicité : elle peut être utilisée par un observateur inexpérimenté, ou quand il est difficile de définir le début et la fin d’un comportement (ex : le jeu). Cependant pour utiliser le un-zéro, il faut que la durée de l’intervalle de temps choisi soit courte par rapport à la durée du comportement et au temps qui sépare deux comportements successifs. Le défaut de cette méthode est la perte d’information concernant la fréquence et la durée du comportement.

Exemple concret d’une activité pour les enfants

Voici un fiche d’activité pour initier les enfants (7-9 ans) à l’éthologie en développant leur sens de l’observation.

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